Hyo Seok Jin > À propos du travail de Hyo-Seok Jin par Julie Uni

À propos du travail de Hyo-Seok Jin par Julie Uni

« Rien n’est plus concret, plus réel qu’une ligne, qu’une couleur, qu’une surface. » Théo van Doesburg

Le travail de Hyo-Seok Jin se caractérise par une recherche spatiale et par un renouvellement des techniques traditionnelles qui donnent naissance à une redéfinition de la relation entre l’œuvre, l’espace et le spectateur.

Dès sa première série, l’artiste commence son exploration vis-à-vis de l’espace : le point de vue du spectateur est le point de départ, la perspective la conséquence et sa relation à l’espace le but. « Ligne » – réalisée à Paris en 2007, est composée de quatre tableaux rectangulaires en bois traité, entourés d’un cadrage en bois peint en acrylique rouge; sur chacun une ligne de la même couleur traverse l’espace : un espace irrégulier, un assemblage de différentes épaisseurs de morceaux de bois. Circle I et Circle II (dans le premier un cercle, dans le deuxième un arc de cercle) dialoguent sur la ligne courbe de façon différente; si Circle I joue, comme les autres tableaux, sur la fragmentation ; Circle II souligne surtout le rapport de la surface à l’ombre. L’artiste met en relief la complexité de notre rapport à l’espace et de sa perception par nos sens.

La recherche artistique de Hyo-Seok Jin évolue grâce à une découverte très simple. Dans ses mains un bout de papier ; il le retourne, il le plie, il le replie. Soudain l’idée : utiliser cette technique dans ses tableaux. En effet ce divertissement n’est rien d’autre qu’un jeu avec l’espace. Pourquoi donc ne pas entreprendre d’ici une recherche beaucoup plus approfondie?

À partir de cette intention, Hyo-Seok Jin esquisse diverses formes à partir du rectangle et réalise des maquettes. Ensuite, l’artiste commence à composer ces œuvres en grand format, des œuvres qui se plient sur elles mêmes jusqu’à se perdre dans leurs nombreuses couches. Le spectateur aussi se perd, mais en essayant de comprendre laquelle est au dessous ou au dessus, seulement en regardant attentivement et en entrant en relation avec elle, il pourra reconnaître sa composition. L’artiste donne à voire l’intérieur et l’extérieur dans le même espace; les parties d’habitude cachées se révèlent à l’œil du spectateur qui se laisse fasciner par ce jeu d’ombres et perspectives.

La série « Compositions » est réalisée en bois traité (medium ou MDF) peint en acrylique et recouvert de résine ; l’ensemble est poncé par l’artiste à la main pour obtenir une surface plane et brillante. Composition 0308 ouvre cette nouvelle production ; sa couleur blanche la rend encore plus abstraite, en compliquant son rapport à l’espace d’exposition mais en soulignant fortement les ombres que ce jeu de pliage crée avec l’épaisseur du matériau.

Ces œuvres, d’ailleurs toute sa production, sont difficiles à cerner selon des termes traditionnels. L’approche sculptural de l’artiste, dérivé de sa formation, fait osciller ses œuvres entre deux mondes. D’un côté il produit un lien avec la peinture : les œuvres sont accrochées au mur ; de l’autre côté, il les fait pénétrer dans le monde de la tridimensionnalité et, de conséquence, il les fait entrer directement dans l’espace physique du spectateur. Les volumes sortent de l’espace conventionnel en donnant forme à des œuvres qui envahissent le lieu où elles sont exposées.

Avec l’abandon de la résine et l’intégration du plexiglas, et donc avec la conséquente diminution du temps de séchage de l’œuvre, le travail de l’artiste s’ouvre à d’autres questionnements, ses deux dernières séries étant dédiées à une analyse des plans et des barres dans l’espace.

Composition P0111 est un carré composé de plexiglas, peint en acrylique bleue clair, est collé sur du contreplaqué. Quand on s’y retrouve devant, on ne voie pas les quatre épaisseurs dont est composé le tableau : on voit un carré, deux lignes blanches. On bouge, on se rapproche ; à chaque pas tout change.

Ce sens de mobilité est très important pour l’artiste, toutes ses œuvres impliquent un jeu de perspective avec l’observateur. Hyo-Seok Jin a développé encore plus ce concept, en créant des œuvres qui peuvent changer leur propre composition. Toute la série des « Compositions B », composée de pièces en plusieurs morceaux, en est la preuve. Composition B0811 est composée de deux planches en contreplaqué, peintes en rouge et recouvertes en plexiglas. Chaque planche se plie, mais posées ensemble, elles instaurent entre elles un discours spatial. Le plexiglas confère à la surface l’aspect d’un vernis parfaitement lisse : on a l’impression que l’intense couleur de la planche est naturelle, au lieu d’être appliquée.

La couleur met en valeur l’unicité de la forme rectangulaire avec son épais support en bois et sa forme régulière. L’artiste choisit la meilleur façon d’accrocher l’œuvre dans l’espace qu’il lui est donné, parce que chaque œuvre doit instaurer un rapport particulier dans l’espace où elle se trouve. En pouvant être installées chaque fois d’une façon différente, le spectateur devient conscient que sa perception dépend du contexte physique et de la situation. L’importance de l’environnement immédiat de l’œuvre, depuis la présence du spectateur jusqu’au contexte architectural, est également mise en valeur par la brillance et l’aspect réfléchissant de la surface de l’œuvre.

Le plexiglas est traité de façon que tout ce qui est devant l’œuvre est aussi à l’intérieur. Le reflet devient donc un autre instrument de l’artiste pour son discours sur l’espace. Comme l’eau, ses tableaux reflètent tout ce qui les entourent, ils absorbent la réalité extérieure. Le spectateur expérimente l’espace différemment en voyant son propre reflet dans l’œuvre. Ces travaux ne peuvent être vus en dehors de leur rapport à l’espace qu’ils occupent et sur lequel ils exercent leur influence.

Ces œuvres ne portent aucun discours au delà d’elles mêmes, il n’y a pas de références ou d’imitations au monde extérieur. Pour cela et pour la sobriété dont fait preuve l’artiste, on peut rapproché sa production artistique à l’art concret ; mais sans la renfermée dans cette catégorie, car sa production est en changement continu. Son but reste de faire résonner le spectateur sur l’espace. Hyo-Seok Jin veut utiliser et définir l’espace réel au moyen d’un art abstrait.

Julie Uni